Je n’avais pas encore pris le temps d’expliquer ce qui s’est passé sur la montagne Terminal dans l’arrière-pays de ma station, Marmot Basin, dans le parc national de Jasper, il y a deux semaines.
Le meilleur terme à utiliser serait plutôt “slackcountry”, c’est-à-dire lorsqu’on s’aventure dans le derrière de la station (non patrouillé, non scruté à la loupe par l’équipe de contrôle d’avalanche) en prenant les remontées mécaniques.

Nous partions pour voir les conditions du couloir ULLR sur une montagne adjacente à celle de la station. Ce couloir à été nommé simplement parce qu’içi, ULLR est le dieu de la neige et que ce couloir, assez impressionnant (300m, environ 55 degrés), méritait bien son nom. Plusieurs patrouilleurs skient ce couloir, normalement au printemps parce-que les conditions sont beaucoup plus stables. Personne n’était encore allé dans cet arrière-pays cette année. Il fallait donc être les premiers sur les remontées, s’assurer avec nos amis de la patrouille qu’ils nous ouvrent le sommet de bonne heure pour qu’on puisse s’aventurer de l’autre côté de la montagne (le “Peak” est une des seules places où l’ont peux quitter la station légalement vers l’arrière-pays. Il est par contre interdit de revenir par quelconque endroit en venant de l’arrière-pays.).

Le plan était fort simple, partir avec corde, matériel d’alpinisme et allé étudier la stabilité de la pente avant de s’y aventurer. La pente est très impressionnante et il faut soit descendre en rappel ou utiliser quelqu’un qui nous assure pendant qu’on creuse un trou afin d’étudier la neige et sa stabilité. Avant cette étape, il fallait descendre le sommet “Marmot 1” et escalader la crête qui menait au couloir, rempli de corniches géantes menant à d’autres couloirs, tous plus effrayant les uns que les autres. ULLR est le plus large d’entre eux.

Alors que j’approchais du couloir (environ 40m) et que James était derrière moi, j’ai simplement mis mon pied droit sur la mauvaise roche. Aussitôt, une gigantesque fissure s’est découpée à 10cm de mon pied droit. Une corniche énorme, de la grosseur d’un F250 de l’année s’est soulevée dans les airs et a basculé vers le bas, à environ 10cm de James, emportant avec elle plusieurs grosses roches. Nous avons senti, par le fait même un grand soufflement venant du bas et une force inexplicable sous nos pieds. Notre cœur est vite passé d’environ 80 à 160 en réalisant que la corniche au complet venait de disparaître à côté de nous et que 10cm à droite, nous serions disparus avec elle.

Après nous être regardés en nous disant “HOLYYY SHITTT”, nous avons essayé de faire basculer un reste de corniche qui restait suspendu en ne tenant sur absolument rien. Malgré toutes les tentatives, elle n’a jamais bronché. Juste après, je suis monté un peu plus haut et j’ai enfin réalisé ce qui s’était vraiment passé. La corniche est tombée sur le couloir ULLR que nous étions supposés skier et par le fait même, déclenché un avalanche de grosseur 2.5 (*1 est assez pour blesser sérieusement un skieur – *2 est assez pour enterrer quelqu’un – *3 assez pour enterrer une voiture ou endommager un immeuble). L’avalanche s’est rendu jusqu’à 200m APRÈS le couloir…

Nous sommes bien heureux que cette corniche ou cette avalanche ne se soit pas déclenchée alors que nous étions dans le couloir. Nous prenons cette expérience et l’ajoutons à notre bagage…
Après avoir étudié la neige sur un aspect différent du mont Terminal, nous avons skié une pente beaucoup plus facile et avons eu beaucoup de plaisir. Nous sommes revenus avec les peaux de phoque par “Whistler Creek” et étions de retour à la voiture juste à temps pour la noirceur!