Project Description

En 2011, je quittais la Colombie-Britannique pour une aventure très spécial: 12 jours en autonomie complète en compagnie de Grizzly, loups et des autres géants de la vie sauvage du parc national de Kluane, au Yukon.

 

 

 

 

 

Entretien avec Gilles Parents à la radio de Québec 93.3 à propos du voyage:

Le voyage au Yukon était une façon pour moi d’aller plus loin dans l’aventure en plein air, une façon aussi d’exorciser mes peurs faces aux grands carnivores. En effets, l’endroit où j’allais, le sanctuaire de vie sauvage du parc national de Kluane, dans le grand-nord de l’ouest, est remplis de loups, carcajous, grizzlys et de lion des montagnes.

Après une saison de guidage dans l’ouest, je me suis dirigé vers mon cousin Marco qui habite à Whitehorse. La route était longue (plus de 30 heures d’autobus de Vancouver) et mon cousin a su m’accueillir comme un roi dans sa belle résidence. J’étais bien heureux de retrouver quelqu’un d’aussi familier alors que j’étais si loin, dans mon propre pays. On ne se rend souvent pas compte à quel notre pays est gigantesque, mais avec ce voyage, je m’en suis rendu compte assez rapidement.

Quelques jours plus tard, j’étais en direction de Haines Junction, pour demander un permis de trek en arrière-pays à parcs Canada avec qui j’avais rendez-vous. Les gens responsables du parc étaient très peu réceptifs à offrir un permis dans le mois d’octobre pour cette zone. Normalement, les seules personnes (environ une dizaine par année) qui font ce trek le font en octobre, parce qu’il y a 24h de soleil par jours et parce qu’il n’y a pas beaucoup de risque de tempêtes de neige (ce qui représente moins d’équipement). Après avoir discuté longuement et présenté mon plan d’urgence, j’ai eu mon permis qui coutait un énorme 30$ pour un permis annuel d’arrière-pays ! Il coûtait moins cher que de prendre un permis pour 12 jours ! À peine quelques minutes plus tard, j’étais en route pour Burwash Landing; où l’accès au trek se faisait par une route de bois juste un peu plus loin.

Sur place, nous arrêtons parce que la route se transforme en banc de neige et en sortant, surpris ! Il y a les plus grosses traces de Grizzly que je n’ai jamais vu! Mon cousin Marco, qui est un chasseur dans l’âme, se rend compte que finalement, le grizzly est juste à côté, dans la forêt, parce que nous entendons son gémissement. Finalement, il a fallu tirer un coup de « Bear banger », qui est un genre de stylo où on peut viser une balle à blanc et faire feu, effrayant du coup le grizzly. C’est à ce moment qu’il fallait quitter mon cousin (qui ne voulait vraiment pas me laisser là!), et commencer le trek qui était prévu pour une dizaine de jours.

Je m’en souviens comme si c’était hier, je partais dans les montagnes vierges, dans la toundra arctique en compagnie des plus grosses meutes de loups au monde (et les plus gros), pour satisfaire mon désir d’aventure. La première journée s’est bien passée, malgré un stress constant de recroiser mon ami le grizzly. Au total, j’ai passé 3 journées en forêts et la première était une d’entres-elles. Il y avait tellement de pistes d’animaux que je ne savais plus où regarder. Après quelques heures à me rendre compte qu’un sac à dos de 65 livres est vraiment lourd, j’ai atteint la toundra arctique où j’ai trouvé un excellent endroit pour dormir ma première nuit. Chaque petit son que j’entendais, j’étais certain que c’était le plus gros ours du monde qui venait pour me liquider. Finalement, malgré mes craintes, c’était que de petits rongeurs, des oiseaux et autres petites bestioles! Le lendemain matin, j’ai atteint la chaîne de montagnes Donjek, puis le poste de garde de Burwash. La toundra arctique est très impressionnante vu d’un peu plus haut, tel un désert du grand-nord. J’ai même eu la chance de voir des aigles royaux à la chasse! Le poste de garde Burwash était malheureusement verrouillé, mais j’ai quand même dormi à cet endroit avant de m’aventurer dans les montagnes, qui m’attendaient pour le lendemain.

Le lendemain matin, je n’ai pas perdu de temps à monter vers mon premier col et à ma grande surprise, voir la chaîne de montagnes St-Elias de l’autre côté. C’était sans aucun doute un des plus beaux paysages de toute ma vie. Indescriptible. Tellement sauvage, tellement magnifique. Après avoir pris quelques minutes à calmer mon émerveillement, j’ai remarqué qu’il y avait quelques mouflons de Dall très près de moi. Après quelques photos, j’ai commencé à descendre dans un terrain très technique pour ensuite voir, à environ 50m, de GROS mouflons de Dall. J’étais tellement stressé que j’ai eu de la difficulté à viser la balle de mon « Bear banger » au cas où ils me chargeraient ! Ils étaient tellement imposants que je ne voulais en aucun cas me retrouver sur la même falaise qu’eux et j’ai vite dégrimper jusqu’au ruisseau en contrebas. Une fois arrivé au ruisseau, je l’ai suivi jusqu’à la rivière Donjek où j’ai établi mon camp 3. Aucun son ne mit à part le crépitement du feu, la nature, la vraie. J’étais au paradis ! Je commençais déjà à ne faire qu’un avec l’environnement où j’étais et nuit après nuit, ma crainte des gros carnivores diminuait.

La quatrième journée n’était pas de tout repos. Elle commençait avec une sérieuse mise à l’épreuve d’orientation en forêt remplie de neige puis se terminait avec des dénivelés considérables jusqu’au glacier Donjek. Dès le premier éclaircissement de la forêt, j’ai réalisé avec stupéfaction l’immensité du glacier! Les montagnes qui l’entouraient étaient eux aussi, hors des proportions de n’importe quelle montagne que j’avais vue par le passé, wow ! J’ai établi mon camp 4 à environ 100m d’un point de vue sur la langue du glacier, qui faisait environ 80m de haut. La journée numéro 5 en était une de congé, où je suis resté près du feu et près du glacier, à faire les plus belles photos que je pouvais avec un soleil radieux sur la chaîne St-Elias.

La journée numéro 6 du trek était probablement une des plus hautes en couleurs, et pas à cause des paysages! Ça a commencé après être sorti de ma tente et avoir remarqué plusieurs traces de loups. Ces traces étaient énormes, rien à voir avec un gros ne chient.  J’ai donc pacte mon sac à dos et marché jusqu’à 10h où j’ai commencé à entendre des hurlements de loups juste à côté de moi.  Au début, c’était seulement un, puis un autre a répondu, puis un autre ! Depuis le début du voyage, je me sentais observé sans jamais rien voir, mais là, c’était bien réel ! Ils étaient vraiment près. J’ai donc regardé la carte topographique puis changé d’itinéraire complètement. J’avais un peu trop peur de tomber face à face avec la meute au complet !

Les cris s’éloignaient et j’ai réalisé que j’étais sortie du pétrin. Ça, c’était juste avant de tomber sur le grizzly! Je suis arrivé dans un lit de rivière et soudainement, je l’aperçois. Du même coup, je me questionne à savoir d’où vient le vent pour savoir s’il sait déjà que je suis là. Le vent est dans mon dos et il me sent. À ce moment-là, il se lève sur ses deux pattes arrière puis décolle à une telle vitesse que je n’ai pas le temps de réagir ! Heureusement, sa course était dans la direction opposée! Avec l’épisode des loups et du grizzly, je commençais un peu à paniquer tout simplement parce qu’ils semblaient tous être dans mon chemin cette journée-là. Il semblait que la météo était en train de changer et le grizzly était parti exactement sur le lit de rivière où il fallait que je passe. J’ai donc changé complètement d’itinéraire et mis mon azimut sur un petit lac gelé à quelques kilomètres de là. Une fois arrivé au lac, à ma grande surprise, je trouve un beau refuge en bois rond positionné sur la rive ouest. Encore une autre surprise : les fenêtres ne sont pas verrouillées donc sans perdre un instant, je saute à l’intérieur puis je ferme la fenêtre. En une semaine, c’était le premier moment où je me sentais en sécurité ! Parfois, cette sécurité semble anodine dans la vie de tous les jours, mais là-bas, elle prend tout son sens en arrivant dans ce chalet ! Une fois à l’intérieur, il y avait de tout, un lit, un foyer, du bois sec et de la nourriture; plein de nourriture ! Du chocolat chaud ! Je n’en revenais tout simplement pas! À un tel point que j’y suis resté deux jours de congé ! Au fait, c’était un poste de garde pour les gardes-parcs et quelques chanceux qui pouvaient entrer en avion en été en atterrissant sur le lac juste à côté (Lac Bighorn). Le lendemain de mon arrivée, c’était la tempête. Il est tombé 25cm de neige et je n’ai pas fait grand-chose, à part me reposer. Le surlendemain, j’ai essayé de trouver du silex pour mon cousin et un point de vue sur le glacier Kluane, qui était absolument gigantesque dans la distance.

Jour 9, je pars vers le lit de rivière où j’avais aperçu le grizzly avec une vingtaine de cm de neige fraîche. Je vais en direction du col Atlas (le deuxième du trek) à près de 2500m. Après avoir passé plusieurs fois la rivière avec mes Neos, j’arrive sur une carcasse de BigHorn sheep tout frais tué par les loups. Il y a du sang partout sur la belle neige blanche et surtout, des traces, des centaines de traces ! Une centaine de mètres plus loin, je quitte le lit de la rivière pour escalader un petit contrefort puis je tombe face à face avec un jeune BigHorn sheep. C’était spécial de voir la mort puis la vie en quelques minutes d’intervalles. Il était tellement beau et photogénique ! Je continue la randonnée puis la météo se gâte; quelques minutes et je ne vois plus rien, un voile blanc (whiteout). Je réussis à me rendre au col Atlas où je mets ma tente, dans la visibilité nulle. Je m’enveloppe dans mon sac de couchage -20, complètement habillé, puis je m’endors comme une buche.

Je me réveille le lendemain matin (jour 10) avec un pied de neige dans mon vestibule de tente. Je sors la tête et je ne vois absolument rien, c’est la tempête. Je me recouche puis me rendors. Je me relève vers 9h avec la crainte de ne pas pouvoir franchir ce col. Finalement, à 11h, il y a une éclaircie et je me rends compte où j’ai dormi ! Tellement exposé, sur le bord d’une très grande falaise. Je défais ma tente et je me dépêche à partir, pendant que je peux encore voir par où passer dans la falaise. Faute de ne pas avoir de crampons, de descend tout le monde avec prudence en me ralentissant constamment avec mon piolet. Une fois rendu en bas, j’arrive sur de belles traces fraîches de grizzly, encore une fois. N’ayant aucun autre choix, je suis les traces qui sont aussi grosses que mes raquettes. Ces traces convergent avec celles des loups. Après plusieurs kilomètres, je réalise qu’il faut que j’arrête de suivre ces traces et je monte mon camp sur le bord d’une rivière. Tout se déroule normalement, je mange ma nourriture déshydratée pour souper lorsque tout à coup, un gigantesque loup noir arrive à 10m de moi sans jamais me voir puis s’arrête, se retourne lentement la tête, puis me regarde directement avec ses yeux jaunes. Je fige complètement. Il a un gros morceau de viande dans sa bouffe ensanglantée. Après avoir fait 2 pas vers moi, je me lève sur une roche et aussitôt, il se sauve dans la forêt. Le problème est que durant toute la nuit, j’étais convaincu qu’il allait revenir avec des amis !

Aucun carnivore n’est revenu cette nuit-là est après avoir marché une centaine de mètres dans ce jour numéro 11, je suis arrivé, encore une fois, sur une carcasse. Cette fois-ci, c’était une chèvre de montagne. Cette journée, longue est pénible, m’a fait faire tous les temps entre les falaises, la rivière et la forêt. J’ai aussi croisé des traces d’orignaux grosses comme je n’en avais jamais vu ! J’avais peine à y croire ! Le soir, je me suis rapproché très près de l’autoroute, pour y passer ma dernière nuit dans ce merveilleux monde sauvage.

Somme toute, j’étais vraiment heureux de mon expérience et me sentais vraiment privilégier. Je suis partie la dernière journée en envoyant un message codé à mon cousin, avec mon dispositif satellite, de venir me chercher. Après quelques kilomètres de marche, je suis arrivé à la fin de la boucle que j’avais réalisée, arrivant au point où nous avions croisé l’énorme grizzly au début. J’ai ensuite fait les quelques kilomètres qui me séparaient de l’autoroute avec l’Alaska et j’y ai mangé mon avant-dernier repas déshydraté ! Il me restait seulement 250ml de gaz. La journée était parfaite et lorsque je me suis retourné une dernière fois vers la chaîne Donjek et St-Elias, je l’ai remercié, de m’avoir partagé de ce que le monde a de plus beau à offrir; la vie sauvage; intro thé Wild.